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Jeux pour malvoyants : idées pour tous

  • Photo du rédacteur: Un Dixième +
    Un Dixième +
  • 19 août
  • 9 min de lecture

Une partie de cartes le dimanche, un Scrabble avec les petits-enfants, un jeu de dominos entre voisins. Ces moments tiennent une place réelle dans la semaine, et ce sont souvent les premiers à disparaître quand la vision baisse : les symboles deviennent illisibles, on hésite, on ralentit la partie, puis on préfère regarder les autres jouer.


Plus de 1,7 million de personnes vivent avec une déficience visuelle en France, et le retrait des loisirs partagés reste l'un des effets les moins visibles de cette situation. Il existe pourtant des solutions concrètes pour continuer. Cet article vous aide à comprendre ce qui rend un jeu accessible, à choisir en fonction de votre vision et à savoir où chercher.


 3 seniors souriants jouant aux jeux de société avec plateau de jeu gros caractères


1. Pourquoi continuer à jouer lorsqu'on est malvoyant


Maintenir le lien social


Le jeu de société a une particularité : il réunit autour d'une même table des personnes d'âges et de situations différents, sans que la vision soit le sujet. On ne joue pas "malgré" sa malvoyance, on joue avec ses partenaires habituels. C'est l'une des activités qui résiste le mieux au repli progressif qui accompagne souvent une perte de vision.


Entretenir la mémoire et l'attention


Une partie mobilise la mémoire de travail, l'attention soutenue, la capacité à anticiper et la logique. Ces sollicitations comptent d'autant plus quand la vision baisse : le cerveau doit apprendre à traiter l'information autrement, en s'appuyant davantage sur le toucher, l'ouïe et la mémoire spatiale.


Comprendre ce qui fatigue vraiment


Jouer suppose d'enchaîner en continu plusieurs opérations : repérer les éléments du plateau, identifier des symboles ou des nuances de couleur, retenir l'état de la partie, élaborer une stratégie, puis exécuter le geste. Quand la vision est floue, le champ rétréci ou la sensibilité à l'éblouissement forte, la première de ces étapes réclame déjà un effort d'attention considérable.


Cette surcharge explique une chose souvent mal interprétée par l'entourage : la fatigue ressentie en fin de partie n'a rien à voir avec un manque d'envie. Quand la recherche d'information monopolise les ressources, il n'en reste plus pour la stratégie ni pour le plaisir partagé. C'est précisément ce qu'un matériel bien choisi vient corriger.


Le plaisir, qui se suffit à lui-même


Il serait réducteur de ne voir dans le jeu adapté qu'un exercice ou une façon d'occuper le temps. Les loisirs font partie intégrante de la qualité de vie, au même titre que le reste. Gagner une partie, rire d'un coup raté, choisir sa stratégie : ces plaisirs n'ont pas besoin de justification thérapeutique.



2. Quels types de jeux sont accessibles en cas de basse vision


Les jeux à gros caractères


Ils reprennent un jeu classique en agrandissant uniquement l'impression : chiffres, lettres et symboles sont imprimés dans une taille très supérieure, souvent avec un contraste renforcé. C'est la solution la plus simple quand il reste une vision utilisable et que la difficulté porte sur la taille des détails.


Les jeux XXL


Ici, c'est le matériel entier qui grandit : plateau, pions, tuiles, cartes. L'agrandissement porte sur le volume et pas seulement sur l'impression, ce qui facilite aussi la préhension. Ces versions conviennent bien quand la manipulation devient délicate, en cas de tremblement ou d'arthrose associés.


Les jeux tactiles


Le repérage passe par le relief : symboles en creux ou en bosse, formes différenciées, textures contrastées, encoches sur les bords. Ils restent jouables quelle que soit la lumière ambiante et ne dépendent pas de la fatigue visuelle du moment.


Les versions les mieux conçues vont plus loin que le relief et travaillent la tenue des pièces : plateaux alvéolés, rainures de guidage, pièces qui s'encastrent ou se chevillent. Sur un plateau lisse, un simple balayage de la main renverse les pions et efface l'état de la partie. Un plateau creusé supprime ce risque et autorise une exploration tactile continue, sans crainte de déranger le jeu.


Les jeux sonores


Un signal audio remplace ou double l'information visuelle. Certaines versions annoncent les tirages, d'autres émettent un son distinct selon la pièce manipulée. Ils fonctionnent particulièrement bien en famille, puisque tout le monde entend la même information.


Les jeux en braille


Les symboles braille sont embossés directement sur les cartes ou les pièces, le plus souvent en complément de l'impression classique pour que voyants et non-voyants jouent ensemble avec le même matériel. Une réserve utile : la maîtrise du braille est peu répandue chez les personnes devenues malvoyantes à l'âge adulte, et ces éditions ne conviennent donc pas à tout le monde.


Les jeux numériques et hybrides


Sur tablette ou smartphone, les fonctions d'accessibilité permettent d'agrandir, d'inverser les couleurs ou de faire lire l'écran à voix haute. Mots croisés, sudoku et jeux de réflexion existent en versions compatibles avec les lecteurs d'écran. Notre guide du smartphone pour malvoyant explique comment activer ces réglages.


Une approche plus récente combine matériel physique et assistance vocale. Des puces sans contact ou des QR codes entourés d'une bordure repérable au doigt permettent de scanner une carte avec son téléphone et d'en écouter le contenu dans une oreillette. L'intérêt est direct : le joueur consulte sa main ou son objectif secret en autonomie, sans qu'un tiers ait à le lui lire à voix haute. Sur le même principe, certaines boîtes proposent leurs règles en version audio.


Une question souvent oubliée : la mécanique du jeu


Le matériel ne fait pas tout. Un jeu fondé sur la rapidité visuelle ou les réflexes simultanés reste inéquitable même parfaitement adapté, puisque le temps de prise d'information tactile ou visuelle rapprochée est structurellement plus long. Privilégiez les mécaniques au tour par tour, la réflexion, la déduction et la coopération : elles placent tous les joueurs à égalité.



3. Comment choisir un jeu adapté à son niveau de vision


Un jeu vendu comme "adapté" ne convient pas automatiquement. Le bon choix dépend de votre vision, de vos habitudes et des personnes avec qui vous jouez.


Le contraste avant la taille


C'est le critère le plus souvent négligé. Un symbole énorme mais gris clair sur fond blanc reste difficile à distinguer, alors qu'un symbole plus petit en noir franc sur fond blanc se lit sans effort. Recherchez des associations tranchées : noir sur blanc, blanc sur noir, jaune sur noir. Méfiez-vous des matériels colorés et brillants, qui renvoient des reflets gênants sous une lampe.


La taille et la police


Au-delà de la dimension, la forme des caractères compte : une typographie sans empattement, aux lettres bien séparées, se déchiffre plus vite qu'une police décorative. Vérifiez aussi que l'information ne repose pas uniquement sur la couleur, sujet classique dans les jeux où les équipes se distinguent par des teintes proches.


La facilité de manipulation


Testez la prise en main : les pièces tiennent-elles bien entre les doigts, les cartes se séparent-elles facilement, le plateau reste-t-il stable quand on le touche ? Un support antidérapant ou un porte-cartes évitent bien des désagréments.


La présence de repères tactiles


Une encoche dans un angle, un point en relief, une texture différente : ces détails permettent de retrouver l'orientation d'une pièce sans la regarder. En leur absence, quelques pastilles adhésives en relief collées vous-même transforment souvent un jeu ordinaire en jeu utilisable.


Le niveau d'autonomie recherché


Posez-vous la question franchement : souhaitez-vous jouer entièrement seul, ou acceptez-vous qu'un partenaire annonce certaines informations ? Les deux réponses sont légitimes et n'orientent pas vers le même matériel.


Encadré : nos conseils pour choisir un jeu adapté


  • Regardez le contraste avant de regarder la taille des caractères.

  • Écartez les surfaces brillantes, qui créent des reflets sous l'éclairage.

  • Vérifiez qu'aucune information ne repose sur la seule couleur.

  • Écartez les mécaniques de rapidité visuelle au profit du tour par tour.

  • Prenez le matériel en main avant d'acheter, ou commandez auprès d'une structure qui accepte les retours.

  • Choisissez un jeu que vos partenaires habituels ont envie de jouer avec vous.

  • Commencez par une version adaptée d'un jeu que vous connaissez déjà : les règles étant acquises, toute l'attention va au repérage.


L'environnement de jeu compte autant que le jeu


Une table mal éclairée annule le bénéfice d'un matériel bien choisi. Quelques réglages simples changent le confort d'une soirée :


  • Une source lumineuse unique plutôt qu'une multiplication de petites lampes, en lumière neutre plutôt que chaude, équipée d'un diffuseur. Les ampoules chaudes créent des reflets parasites sur les plateaux plastifiés et accentuent la fatigue.

  • Un tapis de jeu antidérapant, uni, mat et de couleur sombre. Il délimite l'aire de jeu, empêche les pièces de glisser au sol et fait ressortir le matériel par contraste.

  • Une table ronde si vous avez le choix : les voix parviennent à distance équivalente, les distances d'exploration sont égalisées et la circulation reste dégagée.

  • Des accessoires de rangement : porte-cartes individuel, coupelle pour les jetons, plateau bordé pour lancer les dés sans qu'ils s'échappent.


Conduire une partie qui reste jouable pour tous


Quelques habitudes d'animation font autant que le matériel :


  • Commencez par un tour de table nominatif, chacun énonçant son prénom dans l'ordre de passage. Cela permet de se construire une carte mentale des positions autour de la table.

  • Désignez un joueur qui décrit à voix haute ce qui se passe : la pose d'une pièce, une carte défaussée, le déplacement d'un pion. Son rôle est de décrire objectivement, jamais de donner de conseil tactique.

  • Annoncez votre intention avant de tendre la main vers le centre du plateau, ce qui évite les collisions et permet à chacun de suivre le mouvement.

  • Introduisez les règles progressivement, avec une manche d'essai simplifiée pour prendre le matériel en main avant d'ajouter les subtilités.

  • Jouez dans un environnement calme : quand une partie de l'information passe par l'oreille, le bruit de fond fatigue vite.


dominos posés sur une table


4. Exemples concrets de jeux accessibles


Voici des références disponibles en France, avec ce qui les rend utilisables.

Jeu 

Adaptation 

Convient particulièrement à 

Cartes à gros caractères 

Chiffres et symboles très agrandis, contraste renforcé 

Une vision résiduelle correcte, tous les jeux de cartes classiques 

Scrabble géant 

Plateau alvéolé, lettres agrandies et contrastées, versions braille existantes 

Les parties en famille, avec pose des tuiles sécurisée 

Rummikub XXL 

Tuiles agrandies, chiffres épais et contrastés 

Une baisse d'acuité avec préhension à ménager 

Dominos tactiles 

Points en relief, repérables au doigt 

Le jeu sans contrôle visuel, y compris en faible lumière 

Monopoly adapté 

Plateau contrasté, éléments en relief et braille selon les versions 

Les parties longues intergénérationnelles 

Dobble Access+ 

Symboles agrandis, moins d'éléments par carte, contrastes revus 

Un jeu rapide jouable avec des enfants 

Memory sonore 

Paires à associer par le son et non par l'image 

Une vision très réduite, en autonomie complète 


Cette sélection n'est pas exhaustive et l'offre évolue chaque année, portée notamment par des gammes accessibles chez des éditeurs grand public et par des collaborations avec les fédérations d'aveugles. D'autres idées sont réunies dans notre article "Jeux adaptés à la basse vision : des idées pour toute la famille".


Les autocollants d'adaptation, pour jouer avec la boîte du commerce


Une approche élégante consiste à ne rien racheter du tout. Des planches d'autocollants transparents en relief se collent directement sur les cartes d'un jeu ordinaire, sans masquer le visuel d'origine : le joueur voyant lit l'illustration, le joueur malvoyant lit le relief, et tout le monde partage la même boîte.


La codification est standardisée et s'apprend en quelques minutes. Des formes géométriques identifient les couleurs et les enseignes, tandis que les valeurs reposent sur un système inspiré des chiffres romains, adapté au toucher : un point vaut un, un cercle vaut cinq, un carré vaut dix. Un carré, un cercle et un point côte à côte se lisent donc seize. L'avantage sur le braille est net, puisqu'aucun apprentissage préalable n'est nécessaire.


Adapter un jeu que vous possédez déjà


Avant d'acheter, regardez ce qui dort dans vos placards. Beaucoup de jeux se remettent en circulation à peu de frais :


  • Découper les bords d'un paquet de cartes avec des ciseaux à cranter pour le distinguer d'un autre au toucher.

  • Rogner un angle des billets de banque selon leur valeur.

  • Strier la tranche des jetons ou les percer d'un trou pour différencier les valeurs.

  • Coller des points de feutrine ou tracer un cerne en relief sur les faces des dés.

  • Repasser au marqueur épais les chiffres et symboles trop pâles.

  • Ajouter un tapis antidérapant sous le plateau et une lampe orientable au-dessus de la table.



5. Où trouver des jeux adaptés


Les structures associatives


L'Association Valentin Haüy, qui accompagne les personnes déficientes visuelles depuis plus de 130 ans, dispose d'une boutique spécialisée avec un rayon jeux et loisirs, ainsi que d'un réseau territorial. Ses comités départementaux organisent des ateliers et des clubs où l'on peut essayer avant d'acheter, ce qui reste la meilleure façon de juger. Notre liste des associations du handicap visuel recense les structures par région.


Les acteurs spécialisés du jeu adapté


L'association AccessiJeux gère à Paris une ludothèque de référence de plus de 1 500 jeux, dont environ 400 adaptés, et mène en parallèle une activité d'édition, de vente de matériel d'adaptation et de sensibilisation en festivals. C'est l'endroit indiqué pour tester largement avant de se décider. D'autres distributeurs français complètent l'offre, parmi lesquels CECIAA, Cflou ou HopToys.


À noter aussi : des ateliers de fabrication numérique travaillent avec des associations locales pour concevoir des adaptations sur mesure par impression 3D ou découpe laser, utile quand aucune version commerciale n'existe pour un jeu auquel vous tenez.


Le circuit classique


Les boutiques de jeux généralistes proposent de plus en plus d'éditions grands caractères ou accessibles. L'avantage est de pouvoir manipuler le matériel sur place, sous un éclairage réel, et de tester le contraste par vous-même.


Ce que votre opticien peut apporter


Les opticiens spécialisés Un Dixième+ ne vendent pas de jeux, mais ils interviennent en amont du choix. Lors d'un rendez-vous, l'évaluation de votre sensibilité aux contrastes et de votre vision de près indique quel type de matériel vous conviendra, et un équipement de vision de près adapté ou un éclairage repensé change souvent le confort de jeu plus sûrement qu'un achat supplémentaire. Les proches trouveront des repères sur notre page dédiée aux personnes concernées et à leurs aidants.



En pratique


Le bon jeu adapté est celui auquel vous jouerez vraiment. Privilégiez le contraste sur la taille, écartez les mécaniques de rapidité, soignez l'éclairage et le tapis de table autant que le matériel, et essayez avant d'acheter. N'oubliez pas qu'un jeu que vous possédez déjà peut souvent être adapté avec quelques autocollants en relief.


Vous ou l'un de vos proches êtes concerné par la basse vision ? Les opticiens spécialisés Un Dixième+ peuvent vous accompagner dans le choix de solutions favorisant votre autonomie au quotidien.



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